Histoire du Shitō-ryū

Les Arts martiaux

Il y a environ 1400 ans, Daruma, fondateur du Bouddhisme Zen dans les Indes de l’ouest, introduisit en Chine son enseignement spirituel et physique à travers des traités philosophiques: Les Soutras. Dans l’un d’entre eux, Ekkin-Kyõ (Ekkin: « renforcer le corps »; Kyõ: « livre écrit »), il développa un principe élémentaire d’entraînement physique progressif permettant d’exercer force et endurance pour supporter la rude exigence de cette discipline.

L’enseignement, qui prit naissance au monastère de Shaolin en 500 av. JC, influencé par les moines du temple, évolua très rapidement vers des méthodes de combat non armé: Kung-Fu (ou Kempo), et inspira bientôt bon nombre d’écoles qui contribuèrent à parfaire les techniques et répandre l’enseignement au delà des frontières chinoises.
Le Karaté

Le Karaté prit naissance sur l’île d’Okinawa il y a environ 500 ans. Le roi Hashi de la Dynastie Sho, qui unifia l’archipel des Îles Ryu-kyu, décréta illégale la possession d’armes, dans le but de maintenir l’autorité sans grande force militaire. Secrètement, les paysans s’efforcèrent de développer des techniques de défense.

En 1600, le Seigneur Japonais de Satsuma conquit le royaume et imposa le même interdit. Les habitants continuèrent donc à faire évoluer leurs techniques martiales, utilisant leurs outils agricoles comme armes (bâtons, faucilles, chaînes…): Le Kobudo.

La proximité de l’Archipel avec le sud-ouest de la Chine explique en partie l’influence chinoise sur le Karaté local. Une légende raconte qu’un homme nommé Sakugawa, ayant visité la Chine et maîtrisé le Karaté, est retourné à Okinawa pour l’enseigner.

Conscients de la grande popularité du Karaté auprès des habitants d’Okinawa, les Chinois dépêchèrent en 1664 l’attaché culturel Koshokun qui débuta l’enseignement de son art, accompagné de plusieurs de ses élèves. Il inventa un Kata, laissé en héritage aux habitants: Kushanku, Kata favori de Maître Funakoshi qui le rebaptisa Kwanku (« voir à travers le néant »).

D’autres délégués chinois tels que Waishingzan, Iwah et Ason se succédèrent sur la petite île qui assista à la synthèse de deux techniques (l’une locale, très simple mais particulièrement efficace, l’autre chinoise, plus élaborée et imprégnée d’enseignements philosophiques): Le Karaté.
Les styles

Les arts martiaux d’Okinawa, Okinawa-te (te: « main nue »), se distinguaient par le lieu où ils étaient enseignés. Trois d’entre eux, Shuri-te (Maîtres Sokan Matsumura, Anko Ito-Su et Anko Asato), Naha-te (Maîtres Chojun Myagi et Kanyo Higaonna) et Tomari-te (Maîtres Kosaku Matsumura, Chotoku Kiyan et Choki Motobu), des principaux villages de l’île, inspirèrent les fameuses écoles: Shito-Ryû, Gôjû-ryû, Wado-ryû et Shotokan.

Toutes tentent de se distinguer non seulement par des techniques, des positions et des Katas caractéristiques mais aussi par une approche philosophique différente:

  • Shotokan: Créé dès 1935 par Maître Ginchin Funakoshi, le terme Shotokan désigne à ce moment là le nom du bâtiment dans lequel s’exerce cet art. A la vitesse d’exécution, aux attaques longues et puissantes et à l’agilité des mouvements, Yoshitaka, successeur et fils de Funakoshi ajouta des positions de plus en plus basses.
  • Shito-Ryû: Ce style est issu à la fois du Shuri-te et du Naha-te. Créé par Maître Kenwa Mabuni, Il est marqué par la subtilité et la vitesse. Les techniques s’appuient sur la mobilité du bassin, les déplacements du corps et la déviation des attaques.
  • Gôjô-Ryû: Fondé par maître Chojun Miyagi, il tire son origine du Naha-te. Il se caractérise par des mouvements réalistes en contraction et en force, par des techniques courtes effectuées à partir de positions hautes. Les blocages, souvents réalisés mains ouvertes, sont circulaires et sans choc. Ce style insiste sur l’importance de l’énergie intérieure perceptible par une respiration sonore ventrale.
  • Wado-Ryû: Créé à partir du style Shotokan et du Ju-Jitsu par maître Hironori Otsuka. Il s’inspire du Shuri-te et met en avant l’esquive et la souplesse. Ce style se veut pénétrant, orienté vers le combat et s’appuie sur des positions de fente en avant. Le travail des hanches tirées et non poussées est typique.
  • et beaucoup d’autres encore: Chito-Ryû, Kyokushin-Ryû, Shorin-Ryû, Uechi-Ryû, Isshin-Ryû, Itosu-Ryû, Nanbu-Do, Shidokan, Shobayashi-Ryû, Shorinji-Ryû, Shotokai, Shukikai-Ryû, Tôzan-Ryû, Sôrinji-Ryû, Kentokan, Seido-Ryû, Oyama-Ryû, Shaolin-Mon Karaté-Do, Koeikan-Ryû, Kojo-Ryû, Ryûei-Ryû, Gôsoku-Ryû, Mushindô-Ryû, Kunshin-Ryû, etc…

 

Le Shito Ryu

L’école Shito-ryû a été fondée par Kenwa Mabuni (1887-1952), ami de Chôjun Miyagi (fondateur du Gojû-ryû). Il apprit le Shuri-te du maître Ankoh Itosu (1830-1915) qui était lui-même élève de Sokon Matsumura (1792-1887), père du Shorin-ryu.

Le Terme Shito est la contraction de ‘SHI’ qui fait référence à maître Itosu (‘Ito’ peut se prononcer ‘Shi’) et de ‘To’, pour maître Higaonna (‘Higa’ peut se prononcer ‘To’). Mabuni rend ainsi hommage à ses deux maîtres.

L’emblème est celui de la famille Mabuni et symbolise l’harmonie en évoquant deux personnages qui concourent à maintenir la paix dans un cercle.

La technique se caractérise par la subtilité. Bien qu’elle puisse être parfois considérée comme manquant d’expression de puissance, elle compense très largement cette lacune par la vitesse et les techniques subtiles. En s’appuyant sur la mobilité du bassin, les déplacements du corps et les techniques de déviation s’en trouvent renforcées. Cette habilité technique a historiquement permis aux courants Shito-Ryû et Wado-Ryû de remporter très fréquement les meilleurs résultats lors de rencontres.

Maître Mabuni, par son attitude ouverte envers les autres disciplines martiales, a contribué à l’élargissement du Karaté moderne. Avec ses élèves, il a essayé d’utiliser pour les combats et les entraînements, les protections du Kendo et celles des sports venus d’Europe, alors que d’autres grands maîtres continuaient à cultiver le culte secret du Karaté. Par ses écrits précis, il a transmis à ses contemporains les connaissances les plus élaborées sur le Karaté de cette époque.

L’école Shito-Ryû est aujourd’hui celle qui compte le nombre de katas le plus élevé. Aux douze katas de Gôju-Ryû, s’ajoutent trente-sept autres légués par Kenwa Mabuni.

Sources: « Histoire du Karaté-Do » par Kenji Tokitsu, Edition SEM.